Principauté de Liège

La famille de la Marck, protecteurs et aventuriers de la principauté

L'ancienne famille de la Marck, d'origine allemande, a fourni à la principauté de Liège, des politiciens, des bourmgestres, des mambours (sorte de personnage providentiel jouissant de pouvoirs spéciaux) et aussi des princes-évèques quelquefois. Cette famille ardennaise était très impliquée dans la politique liégeoise durant les XIV, XV et XVI° siècles.

Blason de la marck ancien Gros à l'aigle d'Adolphe de la Marck Liege adolphe de la marck gros a l aigle

C'est sous Adolphe de la Marck que fut signé le "Contrat Social", c'est à dire la constitution politique médiévale de la principauté, la PAIX de FEXHE de 1316, stade intermédiaire conciliant la démocratie locale et communale avec l'autorité oligarchique du prince-évèque et du chapitre ecclésiastique, avec la reconnaissance des libertés fondamentales déjà existantes à l'époque, un peu comme la "Magna Carta" de l'Angleterre. Bon, ce n'est pas encore l'autogestion ni le suffrage universel mais c'est déjà un grand pas vers les libertés et la démocratie tout de même. En 1787 un pamphlet révolutionnaire fut imprimé en bilingue Latin (avec chronogramme) et en Français pour défendre la Paix de Fexhe et son application dans la principauté au moment où elle était bafouée par le prince-évèque conservateur César-Constantin de Hoensbroeck, qui par sa gouvernance réactionnaire a provoqué la révolution liégeoise de 1789 (ci-dessous) :

Paix de fexhe 1316 pamphlet revolutionnaire latin francais 1787

Lors des troubles de la fin du XV° siècle, lorsque la principauté s'est débarrassée du prince-évèque Louis de Bourbon placé là par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, un personnage populiste et autoritaire a eu l'audace de se proclamer "mambour" (protecteur ou dictateur), de faire nommer son fils prince-évèque et de battre monnaie : Guillaume de la Marck dit "le Sanglier des Ardennes". Ce personnage avait fait nommer son fils Jean de la Marck prince-évèque de Liège en faisant pression sur des membres de l'assemblée ecclésiastique, le Chapitre de Saint-Lambert, jusqu'à ce que le prince-évèque légitime, Jean de Horn, reprenne son poste en 1485. Guillaume de la Marck fut exécuté peu après.

Blason de la marck Nouveau blason "de la Marck" au centre > Jean de la marck 1

Voici une petite monnaie en bronze de Jean de la Marck (1482-1484) que le fils du Sanglier des Ardennes a juste eu le temps de faire frapper durant son bref règne troublé. La pièce a été quelque peu agrandie sur l'image.

Le personnage le plus célèbre après le Sanglier des Ardennes, dans la famille, fut Erard de la Marck prince-évèque de la Renaissance : voici ci-dessous un florin d'argent, très belle pièce qui malheureusement a subi une fracture, un pli, puis a été redressée !

Liege erard de la marck florin ag

Erard de la marck Liege erard de la marc petite piece d argent

Erard de la Marck règnera sur la principauté à la renaissance entre 1505 et 1538 : ce fut le règne le plus fastueux de la principauté (construction du palais des princes-évèques) hormis sa répression des Protestants qui fut impitoyable pendant son règne. Voici également deux petits bronzes, pile et face, de son règne du début du XVI°siècle, ainsi qu'une petite monnaie d'argent du même règne.

On retrouve les armoiries d'Erard de la Marck dans le cloître du palais des Princes-Evèques de Liège place Saint-Lambert ainsi que sur un meuble du XVI° siècle conservé au musée Curtius, voir ci-dessous :

Liege palais des princes eveques blason de la marck

Curtius meuble armoiries erard de la marck

La potiche du duc de Bourgogne sur le trône de Liège

Louis de Bourbon, membre de la famille royale française dévoué à la cause des ducs de Bourgogne, a été installé prince-évèque de Liège par le Chapitre de Saint Lambert ayant subi les pressions de Charles le Téméraire après la terrible guerre qu'il a mené contre la principauté de Liège entre 1465 et 1468. Il a été prince-évèque (et agent gouverneur du duc de Bourgogne) entre 1465 et 1482 et fut exécuté par Guillaume de la Marck lors de sa prise de pouvoir dans la principauté. Voici son portrait et une de ses monnaies sur laquelle on reconnaît les fleurs de lys de la famille royale française et le monogramme "L" au centre de la croix.

Louis de bourbon portrait 1456 Liege louis de bourbon

Monnaies des princes-évèques de la famille de Berghes

L'ancienne famille de Berghes a fourni à la principauté plusieurs princes-évèques, c'était une très ancienne famille noble du Pays de Liège.

Bronze corneille de berghes 1

Voici un petit bronze de Corneille de Berghes (1538-1544) prince-évèque qui abandonna de cette fonction, pour pouvoir se marier...

Cela n'a pas dû fort lui réussir : il est mort en 1560 de cause inconnue car on perd sa trace dans l'histoire après sa démission en 1544 !

Liege robert de berghes monnaie argent

Voici une monnaie dite "Sprenger" en argent, de Robert de Berghes (1557-1564)

Le dernier prince-évèque de cette famille était Georges-Louis de Berghes (1724-1743) qui a laissé ses armoiries au fronton du palais des princes-évèques (palais de justice) et une seule monnaie que l'on trouve très fréquemment en brocante, en détection, dans les greniers des vieilles maisons : un liard en cuivre frappé en quantités pendant deux ans : 1726 et 1727 (une pièce de 1726 ci-dessous)

Georges louis de berghes armoiries 1   Liard georges l de berghes 1

(Photo : Flickr - Marc Delforge : https://www.flickr.com/photos/marcgbx/5266027948)

En général, la plupart du temps, les princes-évèques élus par le Chapitre de Saint-Lambert, pour des raisons diplomatiques, appartenaient souvent à de grandes familles étrangères, comme la dynastie des princes de Bavière qui a régné presque sans interruption du XVIème siècle au XVIIIème siècle sur la principauté.

La famille de Berghes, de souche régionale, faisait un peu exception à cette règle

SEDE VACANTE : les monnaies du chapitre de Saint-Lambert pendant les vacances du siège épiscopal

Liege principaute siege vacant 1724 ecu patagon Liege sede vacante ecu 1763 reduction

Souvent et systématiquement dès la fin du XVII°siècle, les chanoines du Chapitre de la cathédrale Saint Lambert profitaient de la vacance du siège épiscopal pour confirmer leur droit de battre monnaie, qu'ils n'avaient qu'en l'absence de prince-évèque.

Les monnaies connues datent de 1688, 1694, 1724, 1744, 1763, 1772, 1784 et 1792, soit les dates de changement de règne. Certaines de ces pièces sont difficiles à trouver car les frappes sont parfois symboliques et servaient seulement à affirmer et confirmer ce droit de battre monnaie qui ne pouvait pas prescrire !

Voici l'écu et le liard de la vacance du siège de 1688 à la mort de Maximilien-Henri de Bavière, et l'écu de la vacance de 1694 à la mort de Jean-Louis d'Elderen :

Liege sede vacante 1688 Liege sede vacante 1694

Voici l'écu et le liard du siège vacant de 1724 à la mort de Joseph-Clément de Bavière, ainsi que l'escalin et les liards en cuivre jaune et rouge, du siège vacant de 1744 à la mort de Georges-Louis de Berghes :

Liege sede vacante 1724 Liege sede vacante 1744

Voici enfin l'écu et l'escalin du siège vacant de 1763 à la mort de Jean-Théodore de Bavière, ainsi que les escalins des sièges vacants de 1771 à la mort de Charles d'Oultremont, celui de 1784 à la mort de François-Charles de Velbrück et celui de 1792 à la mort de César-Constantin de Hoensbroeck :

Liege sede vacante 1763 Liege sede vacante 1771 1784 1792

Il est à remarquer que les pièces de 1784 et 1792 n'ont aucune usure, car elles n'ont presque pas circulé dans le numéraire étant donné que c'était la fin de l'histoire de la Principauté de Liège juste avant l'annexion par la République Française !

 

La dynastie des princes-évèques de Bavière du XVI° au XVIII° siècle

Ernest de Bavière (1781-1612)

A compter de la fin du XVI°siècle, la famille princière de Bavière fut presque systématiquement désignée par le Chapitre de Saint-Lambert pour exercer la fonction de prince-évèque de Liège. Ernest de Bavière est, avec le chanoine Martin Didden, à l'origine de la création de l'hôpital de Bavière.

Ferdinand de Bavière (1612-1650)

Acte 4 4 1650 moulin hollogne aux pierres sceau princ liege  Liard franchimont

Ancien timbre d'acte notarié de 1650 avec le blason de Bavière/Palatinat au centre et les écus des 5 territoires de la Principauté de Liège au pourtour : en haut Bouillon, Liège et Looz, en bas Franchimont et Horn. A droite, le fameux "liard de Franchimont" avec les armoiries du marquisat, de Horn et de l'Empire, seule pièce régionale a avoir été frappée avec le titre et le blason du marquisat de Franchimont en position principale. C'est probablement cette pièce qui serait à l'origine de la légende de la frappe d'un liard dans le marquisat de Franchimont mais rien n'indique qu'elle y a été frappée, et en tout cas elle était destinée à la circulation monétaire dans toute la principauté de Liège et non uniquement du marquisat de Franchimont ou du comté de Horn.

Ci-dessous, voici les deux grosses pièces en argent de Ferdinand de Bavière : un double teston de 1612 et un daler (thaler) de 1614 :

Liege ferdinand de baviere double teston 1612 Liege ferdinand de baviere daler 1614

Maximilien-Henri de Bavière (1650-1688)

Voici la série de monnaies en argent de Maximilien-Henri de Bavière :

Liege maximilien henri de baviere ducaton et ecu  Chevremont chapelle des jesuites anglais armoiries max henri de baviere 1688

De gauche à droite : le ducaton (1671) et l'écu (1663) également appelé "patagon", ainsi que le blason de Maximilien-Henri de Bavière (écartelé Bavière / Palatinat) dans un vitrail à la chapelle de Chèvremont, commune de Chaudfontaine (construite en 1688 par les jésuites anglais, réfugiés politiques ayant fui l'Angleterre).

Joseph-Clément de Bavière (1694-1723)

Liege ecu joseph clement de baviere 1700 reduction

Voici un écu (patagon) de Joseph-Clément de Bavière daté de 1700

Jean-Théodore de Bavière (1744-1763)

Le règne de Jean-Théodore de Bavière entre 1744 et 1763 est le dernier de la dynastie de cette grosse famille princière allemande qui a régné plus de deux siècles sur la principauté presque sans interruption. Ce règne a donné lieu à une série monétaire complète de 3 pièces en argent et 3 pièces en cuivre.

La frappe des liards fut faite en quantités si énormes que certains Etats voisins intentèrent un procès à la principauté de Liège pour l'inflation abusive qu'elle provoqua,  devant la chambre impériale de Wetzlar, tribunal suprême du Saint Empire Romain Germanique, sorte de confédération, ancêtre de l'Allemagne, dont la principauté était membre. On retrouve partout de ces liards : j'en ai retrouvé un dans la boîte à jetons de nain-jaune de mes arrières grands parents, et ceux qui pratiquent la "poële à frire" en trouvent encore dans les champs et les prairies, souvent bien oxydées, parmi les balles de mousquet !

Serie monetaire j th de baviere

On a de gauche à droite : le double escalin, l'escalin, la plaquette, le sol (4 liards), le double liard et le fameux liard qu'on retrouve partout.

François-Antoine de MEAN : Jonction entre la Principauté de Liège et la Belgique indépendante

Franc ant de mean portrait Mean francois antoine coin du droit de l escalin 1792

Le dernier prince-évèque de Liège, François-Antoine de Méan, qui a régné entre 1792 et 1794, a également été le premier archevèque de Malines entre 1816 et 1831 et premier primat de l'église belge indépendante dès 1830 jusqu'à l'année de son décès en 1831.

Il n'a frappé aucune monnaie officielle dans la principauté mais des essais monétaires lui sont attribués, notamment de l'escalin d'argent (ci-dessous à gauche, et coin ci-dessus à droite, extrait de l'ouvrage de Mr Jean-Luc Dengis sur les monnaies de la principauté de Liège) et du liard de cuivre (ci-dessous à droite), ou bien des hybrides comme la pièce en cuivre sur fond rouge plus bas.

Liege francois antoine de mean escalin 1792       Liege franc ant de mean liard 1792 essai 

Voici également l'escalin de François-Antoine de Méan de 1792, en principe en argent, mais frappé ici en cuivre, à l'essai, dont j'ai pu retrouver un exemplaire ci-dessous au Cercle Numismatique Liégeois (CNL merci particulièrement aux organisateurs et à Dimitri spécialiste en monnaies apocryphes et essais liégeois tardifs). A droite on a le dernier escalin d'argent officiellement émis par la principauté de Liège, à l'effigie de Saint Lambert, de la vacance du siège épiscopal de 1792, émission du Chapitre de Saint-Lambert, assemblée ecclésiastique faisant partie des trois chambres du "parlement" de la principauté et compétente pour désigner le futur prince-évèque François-Antoine de Méan cette année-là.

Liege francois antoine de mean escalin 1792 cuivre Liege sede vacante escalin ag 1792

Ci-dessous, il s'agit d'un essai monétaire du dernier prince-évèque de Liège (et premier cardinal-archevèque belge) François-Antoine de Méan (règne à Liège de 1792 à 1794, archevèque et cardinal de 1816 à 1831) conçu par le père de Léonard Jehotte, que j'ai pu retrouver dans une bourse numismatique à Vielsalm (Cercle Numismatique du Val-de-Salm) : c'est une pièce hybride en cuivre, de l'escalin d'argent de 1792 et du liard de cuivre de 1792 reproduites ci-dessus. Je joins aussi une photo de la même pièce hybride, mais où les coins sont mélangés inversément, avec les deux autres faces de l'escalin et du liard par rapport à l'hybride précédente (photo extraite d'une vente publique ayant eu lieu à Bruxelles il y a quelques années) :

Liege francois antoine de mean hybride escalin liard     Liege francois antoine de mean hybride inversee 1792

Au niveau héraldique, comparez avec le quartier de gauche (sénestre) représentant le village de Saive dans les armoiries de la commune de Blegny qui s'analysent comme suit : 1 = de Lannoy, seigneurs de Trembleur, Bolland et Julémont, descendants des marquis de Franchimont ; 2 = de Méan, seigneurs de Saive (armoiries également reproduites sur un document ancien) ; 3 = de Hochstade, comtes des Fourons puis de Dalhem ; 4 = terril, lampe et outils des mineurs des Charbonnages d'Argenteau (1779-1980), actuellement site touristique de Blegny-Mine.

Mean de beaurieu francois antoine armoiries  Mean armoiries de francois antoine calendrier des chanoines trefonciers de st lambert 1782 musee curtius  Blegny commune blason ecartele en sautoir a dextre mean pour saive

Ci-dessus les armoiries de la famille de Méan, celles du prince-évèque de Liège François-Antoine-Marie-Constantin "comte de Méan et de Beaurieu", et celles de la commune de Blegny comprenant l'ancienne commune de Saive rattachée le 1 janvier 1977, seigneurie sur laquelle la famille de Méan avait les droits de haute justice et de justice foncière jusqu'en 1794, faisant également partie de la principauté de Liège (contrairement au reste de Blegny qui était dans le comté de Dalhem associé au duché de Limbourg et pays d'Outremeuse dont le suzerain était par contre le duc de Brabant).

Mean carosse musee des transports wallons

Voici ci-dessus la diligence de Mgr de Méan qui se trouve exposée au musée des transports en commun de Liège, et ci-dessous le château de Méan, complètement en ruines, à Saive sur la commune de Blegny, ainsi qu'une vue du château sur une gravure à la belle époque, avec les jardins et vergers bien ordonnés !

 Chateau de mean a saive delabre  Mean chateau de saive gravure xviii s

Commentaires

  • Hybride Apocryphe (philosophe gréco-liégeois inconnu)

    1 Hybride Apocryphe (philosophe gréco-liégeois inconnu) Le 23/12/2025

    Voilà un très intéressant article sur les monnaies apocryphes, hybrides et sur les essais monétaires du dernier prince-évèque de Liège qui fut par la suite nommé par l'Eglise premier archevèque de Belgique. On n'a pas souvent l'occasion de voir de telles monnaies qui n'ont jamais circulé dans le commerce de l'époque vu que l'ancien régime et ses systèmes monétaires compliqués était terminé. Le franc de 100 centimes a bien été implanté par la République Française fin XVIII°s. et Napoléon début XIX°s. puis repris par le nouveau royaume de Belgique dès 1832 après le bref épisode du florin hollandais de 1815-1830. Fini les liards, sous, plaquettes, escalins, patagons et ducatons...

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