L'étrange Royaume de Sophène et la constellation du Vautour (Cygne)

Emblèmes du Royaume de Sophène

Gobekli tepe detail avec le vautour  Sophene armoiries sur monnaie  Sophene aigle sur monnaie  Armenie arevakhach

 

Le vautour du pilier T 43 cercle D de Göbekli Tepe, le symbole Արևախաշ Arevakhash et deux monnaies d'Arsamès I de Sophène (240 - 228 av JC) pour composer les armoiries symboliques de la Sophène !

Sophene armoiries d apres monnaies anciennes

Voici la forteresse mégalithique d'Eğil : le site est candidat au classement parmi le Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO, proposition émanant des autorités locales d'Eğil. La tente bleue à droite de l'image protège l'emplacement à partir duquel descend le tunnel accédant à la partie inférieure au bord du lac sur le Tigre, escalier creusé dans la roche dont une partie est visible depuis la falaise lorsqu'on est en bateau sur le lac. Source de l'information y compris la photo = Dailysabah : https://www.dailysabah.com/life/history/ancient-assyrian-castle-home-of-prophets-on-way-to-unesco-list

Egil forteresse partie superieure

Voici un film touristique réalisé pour faire la promotion d'Egil et sa région : https://www.youtube.com/watch?v=68QY8m8tBeo&ab_channel=GoT%C3%BCrkiye

Voici un film du parcours des tunnels et escaliers souterrains dans la falaise : https://www.youtube.com/watch?v=atOMkEaG1h0&ab_channel=%D0%99%D0%BE%D1%81%D0%B8%D1%84%D0%9F%D0%B5%D1%82%D1%80%D0%BE%D0%B2

Voici ensuite une vue aérienne par drône prise au-dessus du lac sur le Tigre où on voit sur cette rive en bas, les tombes mégalithiques à flanc de coteaux, et au sommet des ruines connues sous le nom du "Chateau d'Egil", et en face, la forteresse avec le point de vue et la mosquée car Egil a été pendant une partie du moyen-âge une principauté kurde : 

Egil paysage par drone

Voici ci-dessous une vue depuis le lac du barrage sur le Tigre des ruines mégalithiques des tombeaux des anciens rois assyriens ou arméniens de cette ancienne capitale du royaume de Sophène, et une vue en gros plan sur le bas-relief du guerrier assyrien gravé dans la falaise au sommet de laquelle se situait l'antique forteresse de la cité (photo plus bas).

Egil chateau ruines megalithiques

En langue hittite, le lieu s'appelait Ingalawa, cela s'écrivait ainsi en Cunéiforme hittite :  Ingalawa cuneiforme hittite La signification des idéogrammes et signes cunéiforme est décrite dans le PDF ci-après : Ingalawa cuneiforme hittite signification des ideogrammesIngalawa cuneiforme hittite signification des ideogrammes (244.06 Ko)

Ce nom de lieu Ingalawa est cité dans "bronze-age-towns" dont je reprends intégralement le texte : "Ingalawa est une ville mentionnée dans les annales de Mursili II. Il s’agit d’un lieu de rassemblement de ses troupes et chars pour aller combattre le pays d’Azzi en début de printemps alors que le Grand Roi avait hiberné à Ankuwa (actuelle Ankara capitale de la Turquie). Ce devait donc être une cité située entre le Hatti et Azzi. Or, durant la période gréco-romaine Ingila était le nom de l’actuelle Egil en Turquie, au nord de Diyarbakir. Le rapprochement est à la fois phonétique et géographique. Le monument le plus ancien d’Egil est un château qui est réputé avoir été construit par les assyriens au début de l’âge du fer"

Egil photos pele mele

En Arménien, le nom du lieu s'écrivait Անգեղտուն se prononçant "Angelhtoun" (maison des Anges) mais en convention d'écriture on écrit souvent "Angeghtoun" ou "Angeghtun" : Անգեղտուն désignait tout le district administratif d'Eğil, mais la forteresse elle-même avec les tombes mégalithiques était désignée par le nom Անգղ se lisant "Anglh", terme arménien identique au mot "vautour".

Egil

En Kurde, le terme désignant le lieu est Egil (sans accent sur le G) mais on a aussi un autre nom kurde pour le district : Gêl .

Egil histoire population

Le peuplement actuel de la région d'Eğil et de la Sophène est majoritairement kurde, avec deux langues kurdes différentes : le Kurmandji (principale langue Kurde parlée en Turquie et en Syrie), et le Zazakî (aussi appelé Kurmandkî, Kirdî ou Dimilkî) langue locale parlée dans cette région couvrant l'ancienne Sophène. L'Arménien n'est plus parlé actuellement, alors que beaucoup de descendants d'Arméniens islamisés devenus kurdophones pour échapper au génocide de 1915, habitent encore la région d'Egil, ce qui est attesté par le site kurde Diyarbakirhafizasi :  https://diyarbakirhafizasi.org/en/egil-from-below-and-above-the-waters/  

Egil traces armeniennes eglise excavee

Egil sculpture falaise guerrier assyrien tenant la hache    Sophene mithrobarzane ii 69 avjc bronze 

Il y a à Egil la gravure en bas-relief d'un souverain assyrien sur une paroi du socle de la forteresse.

Voici ci-dessous la carte d'Arménie antique sur laquelle on voit le royaume de Sophène (royaume de TZOPK), une des quatre marches ou zones de protection des frontières de l'Empire Arménien et du Royaume d'Arménie Majeure (ou Grande Arménie) de Tigrane II le Grand, ainsi que ci-dessus, une monnaie du gouverneur ou souverain Arkhatias II (93-89 avant JC) portant une contremarque MIΘ (Mith... en Grec) du roi Mithrobarzane II assassiné en 69 avant JC. Le nom de ce dernier laisse penser à une présence mède et/ou kurde, car il rappelle le nom des Barzani bien connu chez les Kurdes et notamment la famille actuelle gouvernant le Kurdistan autonome irakien ou K.R.G.

Royaumes armeniens ii siecle av jc dont sophene tsopk  

Voici une autre carte arménienne de la Sophène et de la Taronide (région des monts Taurus) où l'on voit bien la position géographique d'Eğil par rapport à Diyarbakır (Amed) capitale des Kurdes de Turquie, et l'étendue du district d'Angeghtoun entouré d'un liseré jaune :

Angegh division administrative d aghdznik armenie occidentale

Voici enfin une carte arménienne représentant les différentes expansions et replis du territoire de la Sophène par rapport aux royaumes voisins durant l'antiquité : il n'est pas facile de cerner l'histoire très ancienne de la Sophène dans l'antiquité : voici un essai sur un site kurde écrit en Turc que j'ai essayé de traduire comme je pouvais, d'abord avec google traduction puis, vu les incohérences, en essayant de rendre le sens réel de certains paragraphes dénaturés par la traduction (1) mettant en évidence la présence kurde dans, ou au pourtour de cet ancien royaume : Sophene histoire vue par les kurdesSophene histoire vue par les kurdes (282.5 Ko)

Sophene melitene commagene royaume carte wikiwand anciennes regions armeniennes

(1) J'espère que les auteurs de l'article kurde écrit en Turc ne nous en tiendront pas rigueur car cela n'a pas été facile à traduire !

Le premier emblème connu de l'ancien royaume arménien de Sophène représente, soit deux bonnets de dioscures, soit le double mont Ararat, surmonté(s) de deux étoiles, soit, comme semble le suggérer l'article kurde ci-dessus, deux "montagnes de la douleur" surmontée de deux étoiles. Les trois interprétations sont vraisemblables ou discutables, mais il n'est pas possible de trancher entre elles.

Mont ararat et deux etoiles sophene arsames 240 228 avjc

Il s'agit du plus ancien symbole connu sur les premières monnaies du Royaume de Sophène qui représentent les plus anciennes monnaies d'un Etat arménien connu, datant du règne d'Arsamès I entre 240 et 228 avant JC. On peut y lire le nom du roi en lettres grecques sur le revers de la monnaie ci-dessous :

Sophene monnaie arsames            Sophene roi arsames monnaie a l aigle

En outre, un autre symbole de la Sophène qui se retrouve sur plusieurs monnaies est l'aigle contourné (ou le vautour) regardant à sénestre (à droite pour l'observateur) : voici une monnaie du roi Arsamès I portant l'aigle contourné au revers (ci-dessus).

Sophene armoiries d apres monnaies anciennes     Ange comnene blason de angelis 1636  Angelis calabria

Voilà à quoi aurait pu ressembler les armoiries du Royaume de Sophène s'il avait survécu à l'Empire Romain ! L'écu en forme de bouclier rond est surmonté d'un vautour héraldique regardant vers senestre (droite pour l'observateur) tenant de l'aile sénestre une arevakhatch (1) tout comme celui de Göbekli-Tepe sur le pilier T 43 représentant la constellation du Vautour (Cygne). On retrouve le motif avec deux monts (ou deux bonnets de dioscures) et deux étoiles (à huit rais, ou à six rais) dans le blason de la famille DE ANGELIS dans un village d'Italie méridionale en Calabre, probablement apporté par les membres de la famille Angeghtoun/Angelos au moyen-âge ou ayant fui l'empire byzantin lors de la prise de Constantinople par les Turcs ?

(1) Արևախաչ = AREVAKHATCH : symbole arménien de l'éternité qu'on peut traduire par "soleil-croix" mais également "tournesol"

Histoire du Royaume de Sophène et de la famille notable Angełea gardiens de la forteresse d'Anglh

Existe-t-il des livres sur l'histoire de la Sophène ?

Oui, il existe des livres académiques et spécialisés traitant de l'histoire de la Sophène, bien qu'ils soient très pointus, car ce royaume antique fait généralement l'objet de chapitres intégrés dans des ouvrages plus vastes sur l'Arménie ou le Proche-Orient héllenistique. Pour approfondir le sujet, plusieurs types d'ouvrages de référence sont disponibles :

1. Ouvrages entièrement ou partiellement dédiés

Sophene, Gordyene, and Adiabene : Three Regna Minora of Northern Mesopotamia Between East and West par Michał Marciak : C'est le livre de référence le plus complet disponible. Il offre une étude exhaustive sur la géographie historique, la culture matérielle et l'histoire politique de la Sophène du IIIe siècle av. J.-C. au VIIe siècle apr. J.-C.

Armenian Tsopk/Kharpert dirigé par Richard G. Hovannisian : Le terme Tsopk est le nom arménien historique de la Sophène. Cet ouvrage universitaire traite de l'évolution de la région à travers les âges, incluant un chapitre majeur de Robert H. Hewsen sur la géographie historique de la Sophène antique.

2. Grandes synthèses d'histoire arménienne

La Sophène y occupe une place importante au moment d'aborder les dynasties Orontide et Artaxiade :

Histoire de l'Arménie de Moïse de Khorène (traduit par Annie et Jean-Pierre Mahé) : La source littéraire classique arménienne incontournable pour comprendre comment les anciens Arméniens percevaient la division de leurs provinces territoriales, dont la Sophène. 

Histoire d'Arménie : Les origines du Xe siècle au VIe (av. J.C.) de Nicolas Adontz : Bien que centré sur les origines, cet ouvrage pose les bases géopolitiques régionales (le pays d'Ishuwa/Alshe) qui donneront plus tard naissance au royaume de Sophène.

3. Ressources éditoriales spécifiques

Sophene Books : Il est intéressant de noter qu'il existe une maison d'édition indépendante anglophone portant précisément le nom de ce royaume. Elle se spécialise dans la traduction et la publication d'ouvrages historiques et de textes littéraires classiques liés à l'Arménie. La grande majorité des recherches récentes sont publiées en anglais comme cet article sur Art-A-Tsolum : https://allinnet.info/history/the-kingdom-of-sophene-ancient-armenia/

Tzopk sophene royaume il y a 2000 ans

 

 

 Carte du Royaume de Sophène au I° siècle avant JC - époque de Tigrane le Grand (95-55 av JC)

 

 

 

 

Avons-nous des informations sur les familles nobles de la Sophène ainsi que sur les familles régnantes ?

Les informations sur les structures de pouvoir de la Sophène révèlent un système dynastique partagé entre de grandes familles royales d'origine irano-arménienne et une aristocratie locale de seigneurs féodaux. Une découverte archéologique majeure au château de Rabat (dans la région de Dersim) a mis au jour une stèle funéraire du IIe siècle av. J.-C. gravée en araméen moyen avec des symboles arméniens. Ce texte mentionne explicitement la loyauté d’un seigneur local envers la « Maison des Orontides », confirmant le lien direct entre la noblesse de province et le trône.

1. Les Familles Régnantes (Les Dynasties)

Le trône de Sophène a été principalement occupé par deux branches majeures, très interconnectées :

La Dynastie des Orontides (Ervandouni) : Originaire de Bactriane et liée par mariage aux empereurs Achéménides de Perse, cette famille d'origine iranienne s'est profondément arménisée. Elle a gouverné la Sophène dès l'époque où elle n'était qu'une satrapie, puis a fondé le royaume indépendant. Des rois comme Sames Ier (fondateur de Samosate) et Arsamès Ier (fondateur d'Arsamosate) appartiennent à cette lignée.

La Dynastie des Zariadrides : Fondée par le général Zariadrès (Zareh). Officiellement nommé gouverneur par le souverain séleucide Antiochos III, Zariadrès appartenait très probablement à une branche cadette des Orontides. Profitant de la défaite séleucide face aux Romains en 190 av. J.-C., il s'est proclamé roi indépendant. Son dernier descendant direct sur le trône fut Artanès de Sophène, détrôné par Tigrane le Grand autour de 95 av. J.-C.

Les Souverains imposés par Rome (Ier siècle) : Après la perte de l'indépendance, Rome a parfois réinstallé des rois clients issus de dynasties voisines, notamment Sohaemus d'Émèse (issu de la famille royale syro-arabe d'Émèse) ou des princes de la dynastie hérodienne de Judée, avant l'annexion romaine définitive.

2. Les Familles Nobles (Le système proto-Nakharar)

Sous l'autorité du roi, la Sophène s'appuyait sur une aristocratie terrienne héréditaire. Ce modèle préfigurait le système des Nakharars (la haute noblesse féodale arménienne) :

Une élite irano-arménienne : La noblesse de Sophène gérait d'immenses domaines agricoles fertiles et levait ses propres troupes militaires pour le compte du roi. Bien que de culture et de langue arméniennes, cette élite conservait de fortes traditions perses, visibles dans leurs patronymes, l'usage du calendrier iranien et le culte rendu au dieu Mithra.

La noblesse de cour et les administrateurs : Ces nobles résidaient principalement dans les centres royaux fortifiés comme la capitale Carcathiocerta ou la cité d'Arsamosate. Ils étaient chargés de collecter les tributs (notamment de l'argent et des chevaux) exigés par le roi ou les empires suzerains.

Les Dynastes des confins : La Sophène étant entourée de régions montagneuses et stratégiques (comme la Gordyène ou l'Adiabene), plusieurs familles de seigneurs locaux — qualifiés de « dynastes » par les historiens grecs — jouissaient d'une autonomie presque totale sur leurs terres tant qu'ils payaient l'impôt au pouvoir central.

Tzopk pentarchie de sophene robert h hewsen

Voici plus d'informations sur la famille noble qui gouvernait l'ingilène et la région d'Angł (Egil) ou Carcathiocerta

La principauté d'Ingilène (Angełtun en arménien ancien), centrée sur la forteresse d'Anggh (la ville actuelle d'Egil en Turquie), était gouvernée par la prestigieuse et redoutable Maison d'Angł (ou dynastie des Angełea / Angełtun). Cette région est d'une importance historique majeure. La forteresse d'Anggh est fréquemment identifiée par les historiens comme le site de la cité de Carcathiocerta, la première capitale fortifiée du royaume de Sophène.

1. Les origines de la Maison d'Angł

Selon les travaux du célèbre historien et généalogiste Cyrille Toumanoff, la Maison d'Angł était une branche cadette de la dynastie royale des Orontides. À l'époque de l'indépendance de la Sophène, cette famille contrôlait le cœur stratégique et fortifié du royaume. Sur le plan mythologique et culturel, le nom Angł fait référence à une ancienne divinité de la mythologie arménienne préchrétienne : Tork Angegh (parfois associé au dieu babylonien Nergal). Les princes de cette maison se considéraient traditionnellement comme les descendants directs de cette figure divine ou de héros fondateurs.

2. Une fonction militaire et étatique cruciale

Après l'intégration de la Sophène à la Grande Arménie, la famille d'Angł est devenue l'une des maisons de Nakharars (haute noblesse féodale) les plus puissantes de la cour d'Arménie :

Les gardiens du trésor et des nécropoles : La forteresse d'Anggh (Egil) abritait les sépultures de plusieurs rois de Sophène ainsi que d'importants trésors royaux. Les seigneurs d'Angł en étaient les conservateurs héréditaires.

Le titre de Grand Chambellan (Malkhaz) : Les souverains d'Arménie ont élevé le seigneur d'Angł au rang de Malkhaz (ceci est cependant contredit par d'autres sources qui parlent du titre de Mardpet correspondant à une partie de la charge de grand chambellan sous son aspect privé, gestion du harem et des biens privés du royaume). Cette charge faisait de lui le chef de la garde d'élite du palais royal et le commandant d'une armée privée de plusieurs milliers de cavaliers. Les auteurs arméniens médiévaux parlent de 3.400 cavaliers lourds portant armures !

3. Le statut de Satrape autonome sous l'influence de Rome

En 298 apr. J.-C., à la suite du traité de Nisibe, l'Ingilène est devenue l'une des Satrapies autonomes (les Gentes ou Satrapiae en latin). La Maison d'Angł a conservé sa pleine souveraineté locale en tant qu'État client tampon (une civitas foederata) entre l'Empire romain et l'Empire sassanide.

4. Le déclin et la disparition

Le pouvoir de la dynastie locale s'est affaibli au cours des IVe et Ve siècles avec la christianisation de l'Arménie. Un épisode marquant rapporte que le seigneur d'Angł a emprisonné des centaines de prêtres préchrétiens pour réprimer les anciennes croyances de son peuple. La Maison d'Angł s'est éteinte à la fin de l'Antiquité, et l'empereur byzantin Justinien Ier a définitivement aboli les privilèges héréditaires de ces dynastes en 536 apr. J.-C., transformant l'Ingilène en une simple province administrative romaine (Armenia IV).

Les vestiges archéologiques de la citadelle d'Egil & le rôle de cette famille lors de la christianisation de la région :

La citadelle d'Eğil (l'ancienne Anggh/Carcathiocerta) est un site archéologique exceptionnel perché sur un éperon rocheux monolithique entouré par les eaux du barrage de Dicle (le Tigre). Les récentes campagnes de fouilles menées par l'Université de Dicle ont mis en lumière des vestiges majeurs qui lient intimement cette forteresse aux rois de Sophène et à la christianisation de la région.

I. Les vestiges archéologiques de la citadelle d'Eğil

La forteresse impressionne par son architecture défensive taillée directement dans la roche, révélant plusieurs structures d'époque hellénistique et romaine :

Les Tombeaux Royaux Rupestres : Sculptés à flanc de falaise sous forme de niches monumentales, ces tombeaux rupestres s'apparentent aux structures funéraires traditionnelles arméniennes de l'Antiquité. D'après les sources historiques, ils abritaient les sépultures des rois de Sophène (dynasties Orontide et Zariadride) dont la garde était confiée à la Maison d'Angł.

Les Tunnels Secrets et Sarnıç (Citernes) : Les archéologues ont dégagé quatre gigantesques tunnels antiques creusés dans la roche. Deux d'entre eux ont été récemment restaurés et ouverts au public. Ils permettaient aux occupants de la citadelle de descendre s'approvisionner secrètement en eau dans le Tigre lors des sièges prolongés.

Les structures palatiales : Les campagnes de fouilles successives s'efforcent de dégager les fondations du palais royal des souverains de Sophène, confirmant le rôle d'Eğil en tant que centre de commandement politique de premier plan (Carcathiocerta).

II. Le rôle de la Maison d'Angł dans la christianisation

La transition religieuse de l'Ingilène s'est opérée au cours du IVe siècle apr. J.-C. de manière particulièrement radicale, portée par l'autorité féodale de la Maison d'Angł :

Une répression féroce du paganisme : Avant sa conversion, la Sophène était un haut lieu des cultes irano-arméniens, notamment dédiés au dieu Tork Angegh et à Mithra. Lors de la christianisation officielle de l'Arménie par saint Grégoire l'Illuminateur, les princes de la Maison d'Angł ont mis leur puissance militaire au service de la nouvelle foi. Un épisode historique relate qu'ils firent emprisonner de force des centaines de prêtres païens récalcitrants au fond des geôles de la citadelle d'Eğil pour éradiquer les anciens rituels. [1]

Un carrefour de la chrétienté syriaque : Située à la frontière de la Mésopotamie, la Sophène est devenue un foyer majeur de diffusion du christianisme de langue syriaque. La Maison d'Angł a financé la création de monastères et de centres de traduction où les textes bibliques grecs et syriaques étaient étudiés.

L'église rupestre de la Citadelle : Preuve archéologique directe de cette époque, les fouilles ont révélé une église troglodyte datant d'environ 1 900 ans au sein même du complexe de la citadelle. Ses parois rocheuses, nettoyées et documentées par les experts, sont gravées de nombreuses croix chrétiennes anciennes, témoignant de la ferveur religieuse qui habitait les lieux sous le règne de ces princes. Voici l'image de ces croix gravées par les Arméniens chrétiens dans la cavité rupestre de la citadelle d'Egil : https://diyarbakirhafizasi.org/en/egil-from-below-and-above-the-waters/

Egil turquie eglise rupestre troglodyte citadelle d anggh

Le royaume multiculturel de Sophène avait plusieurs langues officielles ? Que signifient les inscriptions de la stèle de Rabat ?

La langue officielle des monnaies du royaume de Sophène était le Grec, dans la tradition séleucide héritée des conquêtes d'Alexandre le Grand. Cependant une stèle semble indiquer l'utilisation publique d'une autre langue : l'Araméen (appelé Syriaque en Syrie et en Anatolie) qui était la langue natale même de Jésus Christ, et qui n'est langue officielle actuellement que dans la région kurde syrienne du Rojava. A cette époque l'Arménien était certes la langue d'une partie du peuple de Sophène, mais n'avait pas encore son propre système d'écriture (alphabet qu'inventera par la suite Mesrop Machtots en 405 après JC pour transcrire la Bible en Arménien). Toutefois des symboles arméniens étaient intégrés dans les textes araméens, prouvant que l'élément ethnique arménien était présent voire majoritaire même s'il n'était pas seul dans la Sophène antique. On a ici affaire à un royaume largement multiculturel et sensible aux diverses influences des puissances et des cultures voisines.

La stèle découverte à la forteresse de Rabat (située dans la province de Tunceli/Dersim, en Turquie) est une trouvaille archéologique majeure. Gravée en Araméen moyen mais contenant des symboles arméniens, elle constitue la toute première inscription locale de ce type découverte dans l'ancien royaume de Sophène. Ces inscriptions sont de nature funéraire et revêtent une immense importance politique. En effet, des archéologues ont fait une découverte exceptionnelle en Arménie Occidentale, qui éclaire d’un jour nouveau l’histoire du royaume hellénistique de Sophène. Dans la région actuelle du Dersim, dans l’ancienne province de Petite Sophène, une inscription gravée sur une pierre datant du IIe siècle avant J.-C., rédigée en moyen araméen avec des signes à caractère arménien, a été mise au jour dans la forteresse de Rabat.

Cette inscription, trouvée dans une étable, était une pierre de second usage. Rédigée sur les deux faces, elle présente une écriture araméenne avec des signes à caractère arménien propre à la région, déjà connue sous le nom de « variante de Tsopk ». La pierre est une stèle funéraire dédiée à un prince local, représentant de la noblesse de Tsopk, où la « Maison de Yervanduni » est explicitement mentionnée, confirmant ainsi la loyauté envers la dynastie régnante. Selon les scientifiques, il s’agit du premier témoignage direct de l’existence de la noblesse locale de Sophène, illustrant comment ce pouvoir s’est formé au carrefour des cultures arménienne, iranienne et grecque. L’emploi de l’Araméen avec des signes à caractère arménien plutôt que du grec souligne l’indépendance culturelle de Sophène, tandis que les éléments calendaires iraniens et les références possibles au dieu Mihra sont présentes dans l’inscription et témoignent d’un système de croyances complexe.

Cette découverte permet de revoir la datation de plusieurs monuments de la région et de confirmer que les tombeaux et les structures de la forteresse de Rabat appartiennent à l’époque hellénistique, ouvrant ainsi un nouveau chapitre dans l’étude du royaume de Sophène.

Sophene stele du dersim rabat detail 2 faces   Sophene stele du dersim rabat detail inscriptions

Voici le lien avec la publication d'Editbeglari le 3 février 2026 sur la chaîne Western Armenia TV : Westarmflag

1. La signification textuelle : Un monument à l'élite locale

L'inscription a été gravée sur un bloc d'angle situé à l'intérieur de la citadelle dans un contexte lié à des structures funéraires rupestres.

L'hommage à un seigneur local : Le texte est dédié à la mémoire d'un chef ou d'un grand seigneur de la région de Rabat.

L'affirmation d'allégeance : L'inscription mentionne explicitement la filiation et la loyauté de ce chef envers la lignée des Orontides (la dynastie royale centrale de Sophène).

2. Ce que les inscriptions révèlent sur le plan historique

Au-delà de la traduction mot à mot, cette inscription livre trois informations cruciales aux historiens :

Le lien avec le pouvoir central : Elle prouve que les seigneurs qui gouvernaient les forteresses périphériques de montagne (comme celle de Rabat) utilisaient l'image de la famille royale des Orontides pour légitimer leur propre autorité locale.

L'usage administratif de l'araméen : Bien que la population fût de culture arménienne, l'élite locale utilisait l'araméen moyen pour ses écrits officiels et monumentaux. C'est un héritage direct de l'époque où la région était une satrapie de l'Empire perse achéménide, où l'araméen impérial servait de langue administrative.

Le syncrétisme culturel : Le texte illustre parfaitement le positionnement de la Sophène à cette époque. C'était un État charnière, fusionnant des traditions administratives et généalogiques iraniennes (le lien avec les Orontides et la langue araméenne) avec l'environnement géopolitique hellénistique et arménien de l'époque.

Autres informations sur la famille ANGELEA ou Angegh-Toun d'Egil :

Le lien entre la maison d'Angelea et le titre de malkhaz réside dans leur origine mythologique commune, puisque toutes deux appartiennent aux plus anciennes lignées d'Arménie issues du patriarche fondateur Hayk.

1. Le lien entre Angelea (Angeltun) et Malkhaz

Il s'agit de deux maisons distinctes : La famille Angelea (ou Angeltun / Angegh tun, qui signifie littéralement "Maison d'Angegh") et la famille Khorkhorouni (détentrice du titre héréditaire de malkhaz) sont deux entités féodales distinctes. Cependant elles ont une origine légendaire commune : Selon l'historien antique Movses Khorenatsi, ces deux familles font partie des rares maisons dynastiques traditionnelles considérées comme des descendants directs du patriarche HaykLa famille Angelea régnait sur la province d'Angeltun (ou Angilène), une région stratégique située au sud-ouest de l'Arménie historique. Le nom est lié à la figure mythique de Tork Angelea (ou Tork Ankegh), un héros doué d'une force surhumaine comparé à Héraclès ou Samson.

2. Les détenteurs du titre de Vitaxe (Bidiashkh) gardes-frontières

Le titre de vitaxe (du persan bidaxsh, hellénisé en vitaxa et arménisé en bdeašx) désignait les marquis ou viguiers militaires chargés de défendre les grands districts frontaliers de la Grande Arménie. Il existait quatre vitaxes majeurs, chacun protégeant un point cardinal du royaume. Ces charges étaient héréditaires et rattachées à des familles princières spécifiques :

Le Vitaxe de Gugark (Nord) : Le plus célèbre et le plus influent. Ce titre de garde-frontière face aux peuples du Caucase était porté héréditairement par les dynastes de la région de Gugark (puis par la dynastie des Mihranides).

Le Vitaxe d'Arzanène / Aghdznik (Sud) : Chargé de la frontière face à la Mésopotamie et à l'Empire romain/byzantin. Le titre appartenait à la principauté d'Arzanène.

Le Vitaxe d'Adiabène / Mahkertun (Est) : Positionné sur la frontière orientale face à l'Empire parthe puis sassanide.

Le Vitaxe de Sophène (Ouest) : Chargé de la garde des frontières occidentales du royaume.

D'après les ouvrages de référence en matière de noblesse arménienne, la famille d'Angelea (Angeltun) n'a jamais porté le titre de Vitaxe (Bidiashkh).

La confusion peut survenir en raison de la géographie de l'Arménie antique : Angeltun était un canton de la frontière Sud. Le territoire de la famille Angelea (le district d'Angeltun ou Angilène) faisait géographiquement partie de la grande province d'Aghdznik (Arzanène).

Soumission au Vitaxe : La province d'Aghdznik constituait l'un des quatre grands vicariats frontaliers d'Arménie. Le titre suprême de Vitaxe du Sud était le privilège héréditaire de la grande dynastie d'Arzanène (les seigneurs d'Aghdznik).

Le statut des Angelea : Les seigneurs d'Angelea étaient donc des vassaux ou des dynastes locaux inclus dans la sphère d'influence de ce Vitaxe méridional, mais ils ne détenaient pas la charge de Vitaxe eux-mêmes.

Tork angegh illustrations

Origine mythologique de la famille Angelea : le dieu arménien préchrétien TORK ANGEGH qui est apparenté au dieu hittite de la foudre TARHUN, au dieu germanique THOR, dieu-forgeron chez les Germains, et au dieu celtique TARANIS, dieu de l'orage chez les Gaulois. Ce dieu des profondeurs, puissant et forgeron, était l'ancêtre mythologique de cette famille de la citadelle d'Egil. La statue se trouve à Erevan, capitale actuelle de l'Arménie. Le livre, écrit par Ghazaros Aghayan (Auteur), Agop Hacikyan (Traduction), Talleen Hacikyan (Illustrations), est une légende racontée en Anglais de la légende du dieu Tork Angegh.

Le véritable office de la famille Angelea :

Au sein du royaume arsacide d'Arménie, la Maison d'Angeltun possédait son propre office de cour prestigieux : la charge de Malkhaz (commandant de la garde royale) n'était pas la leur (elle appartenait aux Khorkhorouni), mais la famille Angelea a reçu à titre personnel le titre de Մարդպետ = MARDPET signifiant Grand Chambellan privé du roi, un rôle de haute confiance qui incluait souvent la régence et la protection des forteresses et des trésors royaux dans le sud du pays.

Hormis ce titre, la famille Angelea était une famille de la noblesse terrienne dite  Նախարար (nakharar = aîné)

Durant l'Antiquité et le Moyen-Âge, l'Arménie est divisée en larges domaines, propriétés d'une famille noble et gouvernés par l'un de ses membres, auquel les titres nahapet (« chef de famille ») ou tanuter (« maître de maison ») sont donnés. Les autres membres d'une famille de nakharar gouvernent à leur tour des portions plus petites du domaine familial. Les 'nakharark' (pluriel) jouissant d'une grande autorité sont reconnus comme ishkhans (princes).

Régime juridique du Nakharar : Ce système a souvent été qualifié de féodal pour des raisons pratiques ; cependant, il est différent du système féodal qui apparaît ultérieurement en Europe occidentale (sauf au Pays Basque qui avec son statut domanial de l'Etxe, a des points communs avec l'Arménie). Le domaine dans son entièreté est en fait gouverné par une seule personne mais est toutefois considéré comme étant la propriété de l'ensemble de sa famille élargie, de telle sorte que, si le dirigeant vient à mourir sans laisser d'héritier, un membre d'une autre branche de la famille lui succède. En outre, l'aliénation d'une partie du domaine familial n'est permise qu'en faveur d'un autre membre de la famille ou avec l'autorisation de la famille. Ceci peut également expliquer pourquoi les familles de l'Arménie médiévale sont normalement endogamiques, afin de ne pas disperser des parties du domaine, comme cela aurait été le cas si elles avaient dû en céder des parties en dot. Chez les Basques, on dit que le maître de maison (chef de famille) appartient à l'Etxe (à la maison) ! Cela donne le même résultat qui empêche le démantèlement des propriétés familiales ! Cependant ce statut sera supprimé dans l'Empire romain d'Orient (Empire byzantin) par Justinien (527-565) pour affaiblir l'aristocratie arménienne en laquelle il n'avait pas confiance pour défendre les frontières orientales contre les l'Empire Perse Sassanide dont les Arméniens orientaux habitant de l'autre côté de la frontière étaient vassaux. Le système sera réhabilité par la suite au moyen-âge, notamment dans le Royaume Arménien de Cilicie (1080 - 1375).

Le Mardpet (Le Chef du Harem / Grand Maréchal)

Le titre de Mardpet (ou Mardpetouni) désignait à l'origine une fonction dynastique liée à la tribu des Mards. Il s'agissait du Grand eunuque de la cour. Il était le gardien du gynécée (le harem royal) et le tuteur des jeunes princes. C'était un personnage immense et redouté. Il gérait le trésor privé du roi, l'administration intérieure des palais et les immenses domaines de la couronne. Les chroniqueurs arméniens l'appelaient d'ailleurs « le Prince-Père » bien qu'il soit en principe, eunuque.

Traduction : Les historiens modernes traduisent souvent sa fonction par "Grand Chambellan du Palais" (au sens de la gestion domestique et financière de la maison du roi).

Hiérarchie nobiliaire dans l'organisation du grand royaume arménien (et, par déduction, de la Sophène)

Dans le Gahnamak (le « Registre des trônes » ou liste officielle des préséances), la hiérarchie ne se mesurait pas en échelons administratifs modernes, mais en coussins (bardz) et en trônes (gah) accordés lors des banquets et conseils royaux. Plus une famille était proche du souverain, plus son coussin était élevé et proche du trône royal. Entre le Roi (Tagavor), pivot absolu du royaume, et le grand dignitaire qu'était le Mardpet (Grand Chambellan, chef des eunuques et gardien du trésor royal), s'intercalaient plusieurs cercles et offices de haute préséance : 

1. Les Princes du Sang et les Reines

Immédiatement sous le Roi se trouvaient les membres de la famille royale arsacide (les Sepouh), ainsi que la Reine (Tshkho).

2. Les Quatre Vitaxes (Bideašx)

Les premiers parmi les nobles : Ces quatre grands seigneurs vice-rois et gardes-frontières (dont le Vitaxe de Gugark) occupaient les tous premiers « coussins » (bardz) de la noblesse dans le protocole royal. Ils avaient préséance sur l'ensemble des autres princes féodaux.

3. Les Grands Officiers de la Couronne (Gortzakal)

Juste après les Vitaxes et avant le rang spécifique du Mardpet, le protocole royal du Gahnamak plaçait les chefs des grandes charges d'État :

Le Sparapet : Le commandant en chef des armées arméniennes. C'était le bras militaire indispensable du roi, rôle héréditaire de la prestigieuse famille Mamikonian.

Le Hazarapet : Le Grand Chancelier ou Premier ministre, chargé des finances, de l'administration civile et de l'impôt (traditionnellement détenu par la famille Gnouni ou Amtouni).

L'Aspeț : Le Maître de la cavalerie, chargé du sacre du roi et de l'intendance de la cavalerie noble (privilège héréditaire des Bagratounni).

4. Les Grands Nakharars (Princes de Premier Rang)

Le Mardpet occupait une place très particulière : bien que son office soit l'un des plus puissants et intimes de la couronne (car il contrôlait les forteresses royales et les harems), il partageait son rang protocolaire avec les chefs des quatre ou cinq plus puissantes maisons princières (Nakharar) du royaume. Des maisons ultra-puissantes comme les Souni (Syunik) ou les Artsrouni possédaient des coussins d'honneur si élevés au palais qu'ils rivalisaient directement avec l'autorité du Mardpet lors des assemblées. Le Mardpet se situait donc au sommet de l'administration du palais, mais il devait s'incliner devant le prestige militaire du Sparapet, l'autorité civile du Hazarapet, et la souveraineté territoriale des Vitaxes, tous placés plus près du Tagavor dans l'ordre strict du Gahnamak.

Dans le Gahnamak officiel (le registre protocolaire des privilèges de la cour), la maison princière d'Angelea / Angeltun (ou Angeleank) occupait une position de premier plan au sein de l'aristocratie arménienne. Elle figurait régulièrement parmi les 15 à 20 premières familles les plus puissantes sur les 400 ou 500 lignées de nakharars que comptait le royaume, selon les analyses historiques basées sur les travaux du chercheur Nicolas Adontz.

Sa place et sa configuration dans le protocole

Le prestige d'un grand office (Mardpet) : Les chefs de la maison princière d'Angeltun détenaient par droit héréditaire l'office de Mardpet (Grand Chambellan de la couronne). À ce titre, leur place physique à la table du Roi (le bardz ou coussin) était hautement honorifique. Dans plusieurs variantes et reconstitutions du Gahnamak, ils sont listés aux alentours du 12e ou 13e rang de préséance nationale.

Le lien territorial et militaire avec l'Ouest : Sur le plan de l'organisation militaire (consignée en parallèle dans le Zôranamak), la famille d'Angeltun était rattachée à la Porte Occidentale du royaume arménien. Elle devait fournir au contingent royal un corps d'élite de cavalerie lourde.

Le destin lié aux Bagratouni : L'importance d'Angeltun et sa visibilité dans le Gahnamak s'expliquent aussi par l'évolution historique de la région. À la chute de la dynastie des Arsacides, les territoires de la seigneurie d'Angeltun (ou Ingilène) ont été intégrés aux domaines d'une autre famille majeure du Gahnamak : la future dynastie royale des Bagratouni, qui a continué à faire d'Angeltun l'un de ses bastions historiques.

Si l'on compare leur place dans la hiérarchie du Gahnamak, la maison de Malkhaz / Khorkhorouni et la maison d'Angeltun étaient quasiment de statut égal, oscillant toutes deux dans le cercle très fermé des vingt plus grandes familles régnantes du pays. Les Khorkhorouni (Malkhaz) devançaient parfois légèrement Angeltun de quelques coussins d'honneur dans l'ordre de marche militaire du fait de leur rôle direct de gardes du corps rapprochés du Roi.

Selon le Zôranamak (le registre militaire officiel de la Grande Arménie), la puissance militaire de la famille Angelea (Maison d'Angeltun) s'élevait à un contingent permanent de 3 400 cavaliers d'élite. Ce chiffre considérable en faisait l'une des forces armées les plus massives et stratégiques du royaume arsacide.

1. Une force de frappe majeure du Royaume

Pour comprendre l'importance de ces 3 400 cavaliers, il faut la mettre en perspective avec le reste de l'armée arménienne. Cliquez ici pour consulter Shirakatsi's Zoranamak publié par l'Union de la Noblesse Arménienne en 2004 : Armenie registre militaire du royaume i v sieclesArmenie registre militaire du royaume i v siecles (1017.68 Ko).

Un poids disproportionné : L'armée royale totale de la Grande Arménie comptait environ 124 000 hommes. Le contingent d'Angeltun représentait à lui seul près de 3 % de la force globale du pays, un chiffre immense pour une unique famille féodale.

Supériorité sur d'autres grandes maisons : À titre de comparaison, la prestigieuse famille des Bagratouni (les Aspeț) ou celle des Khorkhorouni (les Malkhaz) fournissaient généralement entre 1 000 et 1 500 cavaliers. La Maison d'Angeltun disposait donc d'une armée privée deux à trois fois supérieure à la moyenne des très grands nakharars.

La nature des troupes : Il s'agissait de cavalerie lourde (3.400 des célèbres cataphractaires arméniens), des cavaliers entièrement caparaçonnés de fer, redoutables lors des charges de choc.

2. Une position stratégique : La Porte Occidentale

Le Zôranamak répartissait les armées de la noblesse selon quatre grands districts ou « Portes » militaires. La Maison d'Angeltun était affectée à la Porte Occidentale et Méridionale. En raison de sa situation géographique en Angilène (sud-ouest de l'Arménie), sa puissance militaire servait de premier rempart contre les incursions de l'Empire romain (puis byzantin) et les forces de la Haute-Mésopotamie.

3. Pourquoi une telle puissance ?

Cette armée exceptionnellement nombreuse s'explique par la double nature de la famille. En tant que détentrice de la charge de Mardpet (Grand Chambellan), elle n'avait pas seulement la responsabilité de son propre fief dynastique, mais elle avait également la garde opérationnelle des forteresses royales du Sud et d'une partie des trésors de la couronne. Les troupes d'Angeltun faisaient ainsi office d'armée régionale de l'État autant que de force seigneuriale.

Armenie tableau du registre militaire i v s angeltun 3400 cav

Tableau des forces arméniennes mobilisables par familles nobles Նախարարք, d'après l'oeuvre de Shirakatsi's Zoranamak, publié en 2004 par l'Union de la Noblesse Arménienne.

Un personnage du IV° siècle (300-400 après JC) : Drastamat d'Angelea

Au IVe siècle, un eunuque nommé Drastamat, explicitement décrit comme étant « le prince de la maison d'Angelea », a exercé les fonctions de Mardpet à la cour du roi Arshak II. Cependant, les historiens considèrent cela comme une nomination politique individuelle et exceptionnelle à une époque troublée, et non comme un monopole de sa famille. En dehors de cet épisode, la charge est restée liée à sa propre lignée éponyme avant de tomber directement dans le domaine public de la couronne.

L'histoire de Drastamat d'Angelea (ou Drastamat de l'Ingilène) est l'un des récits les plus tragiques, poignants et célèbres de l'Arménie antique. Rapportée en détail par l'historien du Vé siècle Fauste de Byzance (Pavstos Buzand), sa vie incarne la loyauté absolue au-delà de la déchéance politique.

1. Un prince eunuque aux responsabilités immenses

Drastamat appartenait à la grande famille princière d'Angegh tun (d'Angelea). Castré pour pouvoir servir directement au palais royal, il grimpa tous les échelons du pouvoir sous le règne du roi arsacide Arshak II (Arsace II) au IVe siècle.

Le roi finit par lui accorder le titre et la charge de Mardpet (Grand Chambellan / Grand Trésorier) de manière exceptionnelle. Il reçut également le commandement de la redoutable forteresse d'Anggh, qui abritait le trésor de la Couronne et les tombes de la famille royale. Drastamat gérait donc d'une main de fer la sécurité matérielle et financière du royaume.

2. La chute du roi Arshak II et le Château de l'Oubli

À cette époque, l'Arménie était prise en étau entre l'Empire romain et l'Empire sassanide (perse). Après de longues guerres, le roi perse Shapouhr II (Sapor II) attira le roi Arshak II à sa cour sous prétexte de négocier un traité de paix.

Une fois sur place, Shapouhr trahit sa parole. Il fit arrêter le roi d'Arménie et le fit jeter au fond d'un donjon réputé inviolable et terrifiant : la forteresse d'Andmech (située dans le Khouzistan actuel), plus connue sous le nom de Château de l'Oubli (Kastell tēs Lēthēs en grec). Quiconque y entrait était rayé du monde des vivants : son nom devenait interdit par décret impérial sous peine de mort.

3. Le pacte avec le roi de Perse

Pendant ce temps, Drastamat, resté en Arménie, dut négocier avec l'envahisseur perse pour protéger les domaines de sa famille et préserver ce qu'il restait de son peuple. Impressionné par la valeur, la noblesse et l'habileté de l'eunuque, le roi Shapouhr II le prit à son propre service et lui offrit de grands honneurs à la cour impériale de Ctésiphon. Drastamat accomplit de grands exploits militaires pour le compte des Perses, notamment en soumettant des rebelles kouchans aux frontières orientales de l'Empire. Pour le récompenser, Shapouhr II lui accorda un privilège inouï : le droit de formuler le vœu de son choix, promettant de l'exaucer quel qu'il soit.

4. Le dernier banquet et le sacrifice tragique

Au lieu de demander des richesses ou des terres pour lui-même, Drastamat formula une requête qui stupéfia le souverain perse : il demanda l'autorisation de visiter son ancien maître, le roi Arshak II, au Château de l'Oubli, et de passer une seule journée en sa compagnie. Respectant sa promesse, Shapouhr II accepta.

Drastamat se rendit à la forteresse, descendit dans les geôles insalubres et découvrit le roi d'Arménie, méconnaissable, couvert de vermine et en haillons. Drastamat fit alors laver le souverain, le revêtit d'habits royaux et fit dresser un banquet somptueux à l'intérieur même de la cellule, accompagné de musiciens et de danseurs. Pendant quelques heures, Drastamat redonna à son roi la dignité d'un monarque.

Ému aux larmes par la fidélité de son ancien chambellan, mais accablé par la honte de sa captivité et conscient qu'il ne reverrait jamais sa patrie, Arshak II profita d'un moment d'inattention générale lors du banquet : il se saisit d'un couteau à fruits et se poignarda mortellement le cœur. Devant le cadavre de son maître et comprenant que sa mission de fidélité était accomplie, Drastamat prit le même couteau et se suicida sur-le-champ aux côtés du roi.

Cette histoire est restée si puissante dans la culture et la mémoire arménienne qu'elle a inspiré d'innombrables poèmes, pièces de théâtre et romans historiques au cours des siècles.

Dynasties des satrapes et rois de Sophène

I. ORONTIDES - satrapes de l'empire perse devenus première dynastie des rois de Sophène :

Arduatès (Orontès) de -317 à -284 avant JC

Ardashir de ? à -248 avant JC

Sophene monnaie arsames ararat et 2 etoiles 240 228 avjc          Sophene roi arsames monnaie a l aigle

Arsamès I (voir les deux monnaies ci-dessus portant les symboles de la Sophène) de -240 à -228 avant JC

Arzarès vers -200 avant JC

II. ZARIATRIDES - seconde dynastie des rois de Sophène :

Zariadris I de -190 à -170 avant JC

Mithrobarzane I de -159 à -150 avant JC

Zariadris II de -134 à ? avant JC

Artanès (Orontès) II de -110 à -94 avant JC

III. Réunification arménienne sous le règne de Tigrane II le Grand de -94 à -64 avant JC :

Arcathias II (vassal de Tigrane II qui semble avoir imposé son nom à Eğil pendant l'unification arménienne) de -93 à -89 avant JC

Sophene mithrobarzane ii 69 avjc bronze

Mithrobarzane II (vassal de Tigrane II) de ? à -69 avant JC

Tigrane III (fils de Tigrane II pris en otage et manipulé par les Romains) de -65 à -64 avant JC

IV. Nouvelle séparation de la Sophène et de l'Arménie de -64 à -20 avant JC :

Déjotarius I (époux de Bénérice de Pergame) de -64 à -40 avant JC

Déjotarius II (époux de la fille de Brogitarix roi de Galatie) de -36 à -6 avant JC

Polémon I de -33 à -30 avant JC

Ariobarzane I de -30 à -25 avant JC

Artavazdé I de -30 à -20 avant JC

V. Brève réunion avec le royaume de CAPPADOCE durant 3 ans :

Archéolaos de -20 à -17 avant JC

VI. Annexion provisoire par l'EMPIRE ROMAIN de -17 avant JC à 38 après JC

VII. Dernière période d'autonomie de la SOPHENE qui reste cependant un Etat client de l'Empire Romain :

Kotyx IX de Thrace de 38 à 54 après JC

Sohaemus d'Emèse de 54 à 60 après JC

Aristobulle de 60 à 74 après JC

VIII. Annexion définitive par l'EMPIRE ROMAIN dès 74 après JC

Le pays est désormais une province romaine administrée par des gouverneurs ou des fonctionnaires désignés par l'empire... elle passera à l'Empire Romain d'Orient (byzantin) dès la scission de l'empire, puis sera une principauté kurde puis conquise par les Turcs et intégrée dans le sultanat de Roum qui n'a plus de romain que le nom. Dès 1915 les populations arméniennes de l'ancienne Sophène seront expulsées et exterminées par l'Empire Ottoman de sorte que la population locale est maintenant essentiellement kurde et accessoirement turque.

La Constellation du Vautour à Göbekli Tepe

Gobekli tepe pilier du vautour

Voici une reproduction, vendue dans une boutique touristique, du pilier T 43 du cercle D représentant un vautour, un scorpion et une série d'autres oiseaux ressemblant à des poulets plumés ou des ibis égyptiens, censés représenter les constellations dans le ciel entre 10.000 et 9.500 avant JC. La constellation du Scorpion était déjà connue, par contre celle du Cygne était à cette époque celle du Vautour.

La constellation du Cygne s'appelait donc il y a 12.000 ans la constellation du Vautour. En Arménien le Vautour s'écrit Անգղ qui se lit "Anggh" et est à l'origine du nom de la forteresse "Angeghtoun" actuelle "Egil". Voici un reportage de Discovery Channel France sur les premiers temples de toute l'humanité, à Göbekli Tepe et Karahan Tepe : https://www.youtube.com/watch?v=ltw5z8BgVek

Gobekli tepe vautour pilier t43  Gobekli tepe pilier t 43 cercle d orientation etoiles

Le pilier en forme de T n°43 du cercle D du site de Göbekli Tepe contient une description de l'ancienne constellation du Vautour (actuellement : le Cygne) ainsi que le pôle Nord céleste de l'époque c'est-à-dire +/- 10.000 ans avant J-C situé à mi-chemin entre les étoiles Déneb (Alpha Cygni) et Arcturus (Alpha Bootis) située dans l'actuelle constellation du Bouvier qui à l'époque était la constellation du "Poulet" ??? Actuellement le pôle Nord céleste se situe en plein sur l'Etoile Polaire (Alpha Ursae Minoris) dans la Petite Ourse.

Carte du ciel deneb vega altair arcturus

Voici la situation du ciel actuelle : les constellations du Bouvier et d'Hercule n'avaient pas la même forme car certaines étoiles ont bougé, notamment Véga (constellation de la Lyre) qui étant à 25 années-lumière, est relativement "proche" et a un mouvement apparent plus rapide. Elle n'était pas encore à sa place actuelle il y a 12.000 ans.

Disque de nebra carte du ciel protogermaniqueChine jeton du temple carte astronomique

Il n'y a pas qu'à Göbekli Tepe que l'astronomie s'introduit dans la sculpture de la pierre. En Germanie ancienne (Allemagne) on a le disque de Nebra datant de 1.600 avant JC (à gauche) qui est exposé au musée national de la préhistoire de la ville de Halle, et en Chine ancienne également, on a un ancien jeton de temple du moyen-âge, sorte de monnaie votive, sur laquelle on a une carte du ciel bien détaillée.

 

 

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