Liège (principauté)

La famille de la Marck, protecteurs et aventuriers de la principauté

L'ancienne famille de la Marck, d'origine allemande, a fourni à la principauté de Liège, des politiciens, des bourmgestres, des mambours (sorte de personnage providentiel jouissant de pouvoirs spéciaux) et aussi des princes-évèques quelquefois. Cette famille ardennaise était très impliquée dans la politique liégeoise aux XIV et XVI° siècles.

C'est sous Adolphe de la Marck que fut signé le "Contrat Social" ,c'est à dire la constitution médiévale de la principauté, la PAIX de FEXHE de 1316, stade intermédiaire conciliant la démocratie locale et communale avec l'autorité oligarchique de l'évèque et du chapitre, avec la reconnaissance des libertés fondamentales déjà existantes à l'époque, un peu comme la "Magna Carta" de l'Angleterre. Bon, ce n'est pas encore l'autogestion ni le suffrage universel mais c'est déjà un grand pas vers les libertés et la démocratie tout de même.

Lors des troubles de la fin du XV° siècle, lorsque la principauté s'est débarrassée du prince-évèque Louis de Bourbon placé là par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, un personnage populiste et autoritaire a eu l'audace de se proclamer "mambour" (protecteur ou dictateur), de faire nommer son fils prince-évèque et de battre monnaie : Guillaume de la Marck dit "le Sanglier des Ardennes". Ce personnage avait fait nommer son fils Jean de la Marck prince-évèque de Liège en faisant pression sur des membres de l'assemblée ecclésiastique, le Chapitre de Saint-Lambert, jusqu'à ce que l'évèque légitime, Jean de Horn, reprenne son poste en 1485. Guillaume de la Marck fut exécuté peu après.

De la marck blason blason "de la Marck" au centre > Jean de la marck 1

Voici une petite monnaie en bronze de Jean de la Marck (1482-1484) que le fils du Sanglier des Ardennes a juste eu le temps de faire frapper durant son bref règne troublé. La pièce a été quelque peu agrandie sur l'image.

Erard de la marck

Par la suite un dernier prince-évèque Erard de la Marck règnera sur la principauté à la renaissance entre 1505 et 1538 : ce fut le règne le plus fastueux de la principauté (construction du palais des princes-évèques) hormis sa répression des protestants qui fut impitoyable pendant son règne. Voici deux petits bronzes, pile et face, de son règne du début du XVI°siècle.

Monnaies des princes-évèques de la famille de Berghes

L'ancienne famille de Berghes a fourni à la principauté plusieurs princes-évèques, c'était une très ancienne famille noble du Pays de Liège.

Bronze corneille de berghes 1

Voici un petit bronze de Corneille de Berghes (1538-1544) prince-évèque qui abandonna de cette fonction, pour pouvoir se marier...

Cela n'a pas dû fort lui réussir : il est mort en 1560 de cause inconnue car on perd sa trace dans l'histoire après sa démission en 1544 !

Robert de berghes

Voici une monnaie dite "Sprenger" en argent, de Robert de Berghes (1557-1564)

Le dernier prince-évèque de cette famille était Georges-Louis de Berghes (1724-1743) qui a laissé ses armoiries au fronton du palais des princes-évèques (palais de justice) et une seule monnaie que l'on trouve très fréquemment en brocante, en détection, dans les greniers des vieilles maisons : un liard en cuivre frappé en quantités pendant deux ans : 1726 et 1727 (une pièce de 1726 ci-dessous)

Georges louis de berghes armoiries 1   Liard georges l de berghes 1

(Photo : Flickr - Marc Delforge : https://www.flickr.com/photos/marcgbx/5266027948)

En général, la plupart du temps, les princes-évèques élus par le Chapitre de Saint-Lambert, pour des raisons diplomatiques, appartenaient souvent à de grandes familles étrangères, comme la dynastie des princes de Bavière qui a régné presque sans interruption du XVIème siècle au XVIIIème siècle sur la principauté.

La famille de Berghes, de souche régionale, faisait un peu exception à cette règle

SEDE VACANTE : les monnaies du chapitre de Saint-Lambert pendant les vacances du siège épiscopal

Souvent et systématiquement dès la fin du XVII°siècle, les chanoines du Chapitre de la cathédrale Saint Lambert profitaient de la vacance du siège épiscopal pour user du droit de battre monnaie qu'ils n'avaient qu'en l'absence de prince-évèque.

Les monnaies connues datent de 1688, 1694, 1724, 1744, 1763, 1772, 1784 et 1792, soit les dates de changement de règne. Certaines de ces pièces sont difficiles à trouver car les frappes sont parfois symboliques et servaient seulement à affirmer et confirmer ce droit de battre monnaie qui ne pouvait pas prescrire !

Sede vacante liege

Ci-dessus, de gauche à droite haut et bas : un liard de 1688, un liard de 1724, un liard (cuivre jaune) de 1744, un liard (cuivre rouge) de 1744 et un escalin de 1763 (argent) et ci-dessous : l'écu du siège vacant de 1763 après la mort de Jean-Théodore de Bavière et avant l'intronisation de Charles d'Oultremont, châtelain de Wégimont actuel domaine provincial :

Liege sede vacante ecu 1763 reduction

Le LIARD de FRANCHIMONT, une énigme ?

Il aurait existé un liard frappé pour le marquisat de Franchimont dit "liard de Franchimont" au XVII°siècle : la controverse tourne autour du fait qu'une pièce frappée pour toute la prinicipauté de Liège voire aussi pour celle de Stavelot-Malmédy peut avoir été un type de pièce typique du marquisat de Franchimont. Le fameux "liard de Franchimont" est tout simplement une pièce au titre de "marquis de Franchimont" du prince-évèque Ferdinand de Bavière (1612-1650) : le voici peut-être ?

Liard franchimont

La pièce porte l'inscription du titre de marquis de Franchimont et porte les blasons de Franchimont (haut gauche), Hornes (haut droit) et Empire (bas) avec au centre le perron liégeois.

 

La dynastie des princes-évèques de Bavière du XVI° au XVIII° siècle

Ernest de Bavière (1781-1612)

A compter de la fin du XVI°siècle, la famille princière de Bavière fut presque systématiquement désignée par le Chapitre de Saint-Lambert pour exercer la fonction de prince-évèque de Liège. Ernest de Bavière est, avec le chanoine Martin Didden, à l'origine de la création de l'hôpital de Bavière.

Ferdinand de Bavière (1612-1650)

Acte 4 4 1650 moulin hollogne aux pierres sceau princ liege  Liard franchimont

Ancien timbre d'acte notarié de 1650 avec le blason de Bavière/Palatinat au centre et les écus des 5 territoires de la Principauté de Liège au pourtour : en haut Bouillon, Liège et Looz, en bas Franchimont et Horn. A droite le fameux "liard de Franchimont" avec les armoiries du marquisat, de Horn et de l'Empire

Maximilien-Henri de Bavière (1650-1688)

Voici la série de monnaies en argent de Maximilien-Henri de Bavière :

Max henri de baviere argent  Chevremont chapelle des jesuites anglais armoiries max henri de baviere 1688

De gauche à droite : le ducaton (1677), l'écu (1663) également appelé "patagon", et l'escalin (1653) et le blason dans un vitrail à Vaux-sous-Chèvremont (chapelle de 1688)

Joseph-Clément de Bavière (1694-1723)

Liege ecu joseph clement de baviere 1700 reduction

Voici un écu (patagon) de Joseph-Clément de Bavière daté de 1700

Jean-Théodore de Bavière (1744-1763)

Le règne de Jean-Théodore de Bavière entre 1744 et 1763 est le dernier de la dynastie de cette grosse famille princière allemande qui a régné plus de deux siècles sur la principauté presque sans interruption. Ce règne a donné lieu à une série monétaire complète de 3 pièces en argent et 3 pièces en cuivre.

La frappe des liards fut faite en quantités si énormes que certains Etats voisins intentèrent un procès à la principauté de Liège pour l'inflation abusive qu'elle provoqua,  devant la chambre impériale de Wetzlar, tribunal suprême du Saint Empire Romain Germanique, sorte de confédération, ancêtre de l'Allemagne, dont la principauté était membre. On retrouve partout de ces liards : j'en ai retrouvé un dans la boîte à jetons de nain-jaune de mes arrières grands parents, et ceux qui pratiquent la "poële à frire" en trouvent encore dans les champs et les prairies, souvent bien oxydées, parmi les balles de mousquet !

Serie monetaire j th de baviere

On a de gauche à droite : le double escalin, l'escalin, la plaquette, le sol (4 liards), le double liard et le fameux liard qu'on retrouve partout.

 

 

 

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